Nouvelles Avocats sans frontières

12 mai 2008

Haïti: premier billet d'Élise Voyer, coopérante d'ASF en mandat auprès de la POHDH

Port-au-Prince, vendredi le 8 mai 2008

C’est avec beaucoup d’impatience et d’enthousiasme que je me suis envolée mercredi le 30 avril à destination de Port-au-Prince. Mon départ, initialement prévu pour le 15 avril, a été reporté à la suite de l’instabilité régnant dans le pays, qui prit la forme de manifestations dans l’ensemble des grandes villes d’Haïti.

Ces manifestations furent causées entre autres par la hausse du coût des denrées alimentaires ressentie à l’échelle mondiale, en plus de la pauvreté extrême dans laquelle se retrouve la majorité de la population haïtienne. Actuellement, la situation semble s’être calmée, les autorités haïtiennes, avec le concours de plusieurs bailleurs de fond internationaux, ont réussi à stabiliser le prix du riz en subventionnant les importations, mais la crise aura tout de même provoqué le départ du Premier ministre Alexis.

Tout cela pour illustrer un peu la trame incertaine dans laquelle s’inscrit le travail des organisations avec lesquelles je travaillerai pour les mois à venir. La Plateforme des organisations haïtiennes de défense des droits humains (POHDH), partenaire principal dans ce mandat, est un regroupement de 8 organisations œuvrant de manières diverses dans le secteur des droits humains : par le plaidoyer, l’éducation et la formation, l’assistance juridique, la recherche et l’analyse, l’observation et la surveillance des violations des droits humains, le tout dans le but de promouvoir l’instauration et l’épanouissement d’une culture des droits humains.

Afin de travailler à ce but, j’ai pour mandat de développer des formations sur le système interaméricain des droits humains. J’aurai trois groupes cibles : des avocats, des juristes, et des défenseurs des droits humains. Le but des formations: l’utilisation efficace du système interaméricain des droits humains. Les objectifs : être en mesure de présenter des requêtes devant les institutions interaméricaines, d’en assurer le suivi, et posséder une maîtrise suffisante de ces mécanismes afin de pouvoir former d’autres personnes.

La méthodologie : nous comptons utiliser une méthodologie participative, grâce à laquelle nous partirons des connaissances actuelles des participants, afin d’y ajouter les réflexes et habiletés utiles lors de la présentation de recours dans le système interaméricain.

Les formations se dérouleront en trois étapes successives, afin de consolider au maximum les notions et habiletés acquises. Je travaillerai dans un premier temps avec les avocats, puis avec leur aide, nous développerons la formation destinée aux juristes, et avec ces derniers, nous réaliserons la formation destinée aux défenseurs des droits humains.

Ce sera à la fois une formation très concrète, puisque nous travaillerons directement à partir de cas pratiques, qui sont en fait de vrais dossiers sélectionnés par le partenaire, afin de les étudier et les préparer sous forme de requêtes à présenter devant les institutions interaméricaines. Et du même coup nous ferons une formation de formateurs, afin de développer les capacités des participants à former d’autres personnes impliquées dans la défense des droits humains en Haïti.

C’est un mandat très stimulant, et l’équipe de la POHDH semble enthousiaste à l’idée de ces formations. La semaine dernière, j’ai pu rencontrer l’équipe avec qui je travaillerai, et nous avons ainsi précisé les éléments mentionnés plus haut. J’ai également passé quelques heures avec Maître Méhu Garçon, du Groupe d’assistance juridique (GAJ), une organisation membre de la POHDH avec qui nous travaillerons étroitement le présent mandat, afin d’étudier les dossiers que nous utiliserons comme cas pratiques.

Mais j’aurai l’occasion de vous présenter plus en détails l’équipe sur les pages de ce blogue au cours des semaines qui viendront.

Les étapes suivantes : la planification des rencontres avec les institutions membres de la Plateforme, afin de faire leur connaissance et me familiariser avec leurs activités. J’en profiterai pour leur expliquer le but et le déroulement des formations et évaluer leurs besoins d’apprentissages et leurs niveaux de connaissances grâce à un questionnaire qui a été préparé à cet effet.

Je dois également préparer les cas pratiques afin que par leur étude nous puissions aller chercher les éléments importants à retenir pour un recours efficace aux institutions interaméricaines des droits humains.

En y songeant bien, les 14 semaines qu’il me reste passeront très rapidement! Parce que j’ai en plus de tout cela un pays incroyablement intéressant, riche et complexe à découvrir.

Élise

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