Les formateurs d’ASF, Fannie Lafontaine et François Larocque, ont quitté Port-au-Prince mardi le 3 juin en après-midi, avec dans leurs bagages une expérience extrêmement enrichissante, tant sur le plan humain que professionnel. Ils reviennent au pays avec une compréhension plus étendue, quoiqu’encore morcelée, des complexes interactions qui créent l’instabilité et les difficultés en Haïti et, surtout, avec un attachement indéniable pour ce petit pays et son grand peuple.
La session de formation aux étudiants à la maîtrise de la Faculté de droit de l’Université d’État d’Haïti à Port-au-Prince a été intense, riche en échanges stimulants entre les formateurs et les étudiants et, pour tous, très satisfaisante. Les étudiants, dont la majorité sont également des professionnels tel que des magistrats, commissaires et avocats, ont relevé le défi d’absorber une matière complexe qui couvrait plusieurs domaines du droit international des droits de la personne et de domaines connexes tel que le droit pénal international et les recours civils pour de graves violations extraterritoriales des droits humains.
Malgré un temps limité pour se familiariser avec les nombreux principes applicables, les étudiants repartent, nous le croyons, mieux outillés pour utiliser les alternatives juridiques intéressantes au niveau international pour faire contrepoids aux failles du système judiciaire haïtien actuel. Ils se sont exercés à apprendre à identifier les violations de droits protégés, à cerner le ou les recours appropriés et à rédiger la procédure pertinente. Des discussions en classe leur ont permis également de juger des failles et des limites du système international, ainsi que de ses avantages et des possibilités concrètes de son utilisation. La semaine s’est terminée par une conférence devant une centaine de personnes, dont la plupart des étudiants à la licence de la faculté de droit, ainsi que des professeurs et avocats, qui s’est voulue une synthèse de près de deux heures de la matière sur les recours internationaux pour violations des droits de la personne. Les étudiants de la maîtrise ont complété l’examen de deux heures vendredi après-midi.
Nous avons procédé à la correction des examens et la rédaction du rapport final de mission avec une vue imprenable sur la baie de Jacmel, dans le sud-est du pays. Une autre ville et, on dirait, un autre pays. Rien de l’insécurité de Port-au-Prince. Rien du désordre qui y règne et qui frappe les nouveaux-venus. La même pauvreté, toutefois…La pauvreté, la vraie, ne change pas de nom pour ceux qui de par le monde en sont prisonniers; de Port-au-Prince à Jacmel, d’Haïti à ailleurs.
La route qui nous ramenait à Port-au-Prince nous aura fait le cadeau de la verdure des montagnes après la pluie et d’un arc-en-ciel brillant surplombant le tout…avec en finale, un « blocus », un embouteillage mémorable à l’entrée de Port-au-Prince, dans lequel nous sommes restés coincés, dans un chaos total, pendant plus de 2 heures…jusqu’à l’arrivée salvatrice de la MINUSTAH (la mission des Nations Unies). Cette fois-ci, nous en sommes témoins, les Nations unies faisaient débloquer quelque chose en Haïti.
Nos hôtes haïtiens nous ont fait l’honneur de nous inviter à un souper afin de clôturer cette mission de formation. Offert par M. le doyen Gellin Collot, le souper a réuni, outre nous-mêmes et Jacques Laliberté de l’EUMC, qui a été notre fidèle accompagnateur tout au long de la mission, Me Méus, vice-doyen de la faculté, notre vis-à-vis, Me Wilkenson, et le directeur de la maîtrise. Ce souper, fort généreux et éminemment apprécié, a été l’occasion de discuter de sujets passionnants qui ont grandement contribué à notre compréhension de la complexité de la situation actuelle en Haïti, tant sur le plan de l’enseignement et la pratique du droit que des échecs et promesses de l’aide internationale, passée et présente.
Cette mission d’enseignement a été pour nous extraordinaire. Touchés par l’intérêt et l’enthousiasme des étudiants, nous sentons que d’autres pas, les leurs, s’ajouteront au nôtre, si petit, pour ouvrir le chemin de l’espoir en Haïti. Nous sommes infiniment reconnaissants envers Avocats sans frontières, particulièrement Dominique-Anne Roy, qui nous a permis de faire cette mission et nous a épaulés tout au long du processus. Nous désirons également remercier chaleureusement Jacques Laliberté pour son professionnalisme, son humour, sa présence. Enfin, nous ne saurions passer sous silence l’excellente collaboration de la Faculté de droit et l’enrichissante relation qui s’est développée avec notre vis-à-vis Me Wilkenson, qui a participé activement aux sessions de formation, a été présent pour les étudiants et nous a fait bénéficier de sa grande compétence.
Mèsi anpile. Merci beaucoup. À la prochaine fois.
Fannie et François