Octobre 2008,
Port-au-Prince
Voilà près d’un mois que s’est initié ce troisième mandat d’ASF auprès de la Plate-forme des organisations haïtiennes des droits humains (POHDH), le deuxième que je réalise personnellement. C’est avec quelques appréhensions quant à la situation en Haïti que je suis revenue, après un mois et demi au Québec. En effet, depuis mon retour à Montréal à la mi-août, le pays a été frappé par de nombreux ouragans, des pluies violentes et de forts vents qui ont détruits maisons, routes, récoltes, laissant des familles dépourvues de ressources dans la rue, retardant d’un mois la rentrée des classes, inondant des villes entières.
Le bilan est catastrophique, et la pertinence de réaliser des formations sur les droits humains dans un tel contexte semblait questionnable. Or, bien que la situation soit encore très précaire, les gens se sont retroussé les manches, la boue est pelletée, les rues peu à peu nettoyées, les maisons se reconstruisent lentement. Mes collègues de la Plate-forme et plus particulièrement mon vis-à-vis Me Mehu Garçon, m’ont rassurée quant à la pertinence de ce nouveau mandat malgré les épreuves que traverse à nouveau le peuple haïtien. Je suis donc de retour, pour un mandat de 6 mois, afin de réaliser différentes activités dans le domaine des droits humains.
Le premier volet consiste à assurer un suivi auprès des groupes ayant reçu des formations lors du mandat précédent, qui s’est déroulé durant les mois de mai à août dernier. Des ateliers de suivi permettant d’approfondir les notions vues seront organisés à raison d’environ un par mois jusqu’en mars 2009. Le premier atelier aura lieu le 7 novembre prochain sur le thème de « L’utilisation stratégique du système interaméricain des droits humains ». Le but de cet atelier est de revoir avec les participants les différentes fonctions du SIDH afin d’examiner plus en profondeur comment il est possible de recourir à ce système régional de protection des droits humains pour compléter le travail que réalisent les défenseurs des droits humains.
Le second volet consiste à donner des formations sur le système interaméricain des droits humains à partir du modèle de formations réalisées lors du premier mandat. Cette fois-ci les formations s’adresseront aux membres des différents Barreaux haïtiens, à Port-au-Prince et en région. Nous espérons ainsi travailler davantage en dehors de Port-au-Prince afin de décentraliser les ressources qui tendent à se retrouver dans la capitale haïtienne. Nous irons donc à St-Marc, à Jacmel, à Petit Goave ainsi qu’au Cap Haïtien. Ces formations dureront en moyenne deux jours, au cours desquels nous aborderons les différentes compétences et fonctions des organes interaméricains de protection des droits humains, soit la Commission et la Cour interaméricaines des droits humains.
Le troisième et dernier volet consiste à un appui à la création de la Commission d’intervention juridique de la POHDH. La Plate-forme possède actuellement 3 commissions en fonction : la Commission d’observatoire des droits humains, la Commission d’analyse, de réflexion et de documentation et la Commission d’éducation aux droits humains. La Commission d’intervention juridique viendrait compléter les champs d’intervention de la POHDH en matière de défense des droits humains, en offrant un encadrement légal aux victimes de violations des droits humains. La nature de cet encadrement n’est pas encore définie, mais nous songeons à développer un volet d’éducation juridique, un volet de consultation juridique et un volet d’assistance légale, le tout en insistant sur le droit international des droits humains. Pour le moment, ces propositions devront être validées par les 8 institutions membres de la Plate-forme lors de son Assemblée générale annuelle qui se tiendra le jeudi 30 octobre 2008.
Ces trois volets sont complémentaires et promettent d’être très intéressants. Les aspects formation et de suivi permettront à ASF de consolider le transfert des connaissances avec les participants, tout en travaillant directement à un renforcement institutionnel auprès de la POHDH au travers de sa Commission d’intervention juridique. Et j’aurai par le fait même l’occasion de visiter davantage le pays et de connaître la province, qui, m’a-t-on dit, est très différente de Port-au-Prince.
À suivre!
Élise Voyer
Coopérante d’ASF en Haïti