Nouvelles Avocats sans frontières

29 septembre 2009

Suite de la mission d'ASF Canada au sud-ouest de la Colombie / Continuation of LWBC's mission to South-West Colombia

La deuxième semaine de la mission d’ASF Canada (ASFC) en Colombie, conduite par Me L’Anglais et Me Rousseau, s’est déroulée dans les départements du Valle del Cauca et du Cauca, particulièrement à Buenaventura, Cali et Popayán auprès des communautés afro-colombienne et autochtones Nasa et Yanacona.

The second week of LWB Canada's mission to Colombia, carried out by Me L'Anglais and Me Rousseau, took part in the departments of Cauca and Valle del Cauca, more precisely in Buenaventura, Cali and Popoyán, in afro-colombian and Nasa and Yanacona indigenous communities.

(English follows)

Buenaventura est un important port de transbordement de marchandises donnant directement accès au Pacifique, prisée autant par les commerçants que par les trafiquants. La population afro-colombienne de cette région est composée de 32 communautés réparties sur autant de territoires tout au long de la côte pacifique, mais dont les titres de propriété collective s font toujours l’objet d’âpres négociations avec les autorités gouvernementales colombiennes. Ces territoires aux accès privilégiés sur la mer sont, on l’aura compris, convoités par les groupes armés illégaux qui n’hésitent pas à assassiner, faire disparaître et à déplacer sans vergogne les membres de cette communauté pour s’approprier leurs terres et s’adonner – avec, nous dit-on, la complaisance sinon la collusion manifeste des forces publiques – au trafic des drogues illicites.

Les Afro-Colombiens comptent pour un peu plus de 4% de la population de 45 millions de Colombiens, mais ils sont proportionnellement plus touchés par le conflit qui perdure depuis plus de 45 ans, car ils composent plus de 30% des victimes assassinées, disparues ou déplacées. ASFC et son partenaire le Colectivo de Abogados José Alvéar Restrerpo (CAJAR) ont mis à profit cette première visite à Buenaventura pour jeter les bases d’une coopération future en matière d’accompagnement juridique national et international avec l’organisme régional afro-colombien, le Palenque Regional el Congal, à l’image de ce qu’ASFC effectue cette année auprès des communautés indigènes awa du Nariño et nasa du Cauca.
Par la suite, ASF s’est déplacé à Cali, capitale du Valle del Cauca, pour participer à des sessions de formations données par Mme Judith Maldonado (ACADEUM) en matière de planification et de gestion des risques à l’intention d’une vingtaine d’avocats et défenseurs de groupes particulièrement vulnérables que sont les syndicalistes, les personnes transgéniques, gaies et lesbiennes (TGL) et les femmes déplacées qui composent la grande majorité des quelques 4.5 millions de déplacés présents en territoire colombien, et qui sont trop souvent victimes de violence sexuelle… perpétrée parfois simultanément avec l’assassinat des hommes de leur famille. Crimes contre l’humanité? Sans doute…surtout à la lumière du caractère systématique, organisé et ciblé de ces exactions!

ASFC a brossé à leur intention un tableau du système pénal accusatoire au Canada ainsi que l’organisation du Barreau, comme outil institutionnel d’importance dans le système judiciaire au Canada. Les avocats en Colombie n’étant pas constitué en Barreau national, ceux-ci sont particulièrement isolés et vulnérables en l’absence d’une institution qui puisse les représenter au plus haut échelon de l‘État.

À la sortie de cette formation, les membres d’ASF ont pu avoir un entretien avec le Défenseur du peuple du Valle del Cauca, M. Andrés Santamaria, qui soulignait que pas moins de 40% des quelque 8000 cas annuels qui lui sont référés d’office en raison de l’incapacité financière des demandeurs, et dont il doit se saisir avec le soutien des 170 défenseurs publics (avocats embauchés à contrat) sont reliées au conflit armé. M. Santamaria admet que l’État n’exerce pas un contrôle effectif sur l'ensemble du territoire colombien, ce qui contribue à l’impunité dont bénéficie la majorité des auteurs d‘homicides, enlèvements, disparitions, exécution extrajudicaires et viols et grossesses forcées commis dans la région par les parties au conflit. Si l’on regarde le seul cas des Nasas, on constate que pas moins de 108 membres de leur communautés ont été assassinés depuis le début de l’année. Rappelons-le , dans son rapport 2008 sur la situation des communautés autochtones, l’ONU déplorait le chiffre incroyable de 1 980 morts et de plus de 70 000 déplacés pendant les dix dernières années.

In Popayán, a beautifully restored colonial city called the White City (la ciudad blanca), representatives of Lawyers without Borders Canada (LWBC) met with approximately 25 Nasa Councillors to deliver five letters of support from as many Canadian First Nations Grand Chiefs from Quebec and British Columbia, as well as leaders of Aboriginal Justice programs. This show of international support from other Aboriginal peoples was received by Nasa leaders with emotion and gratitude, not unlike what had occurred the preceding week with Awa community leaders.

Once the ceremony concluded, the LWBC team went to a secluded camp near Popayan to meet with approximately twenty Nasa and Yanacona leaders to deliver a workshop, jointly with Ms. Soraya Gutierrez of the CCAJAR, Ms. Ana Manuela Ochoa, a Kankuamo lawyer of the National Indigenous Organization of Colombia (ONIC) and Ms. Emit Lopez Dias, a Nasa counsel with the Regional Indigenous Council of Cauca (CRIC). The contribution of the LWBC team to the workshop included sessions on the situation of Canadian Aboriginal peoples and the International Criminal Court. The two-day workshop tackled aimed at identifying human rights protection measures for the Nasa people, as well as national, inter-American and international recourses possibly available to them.

In the course of those two days, it became obvious to the LWBC team that the internal armed conflict has a significant impact on the culture and identity of those Indigenous peoples and their will to protect them is an example of resistance to forces that are so overwhelming. Nonetheless, their gentleness and humour, despite the aggravation caused by the armed conflict, are humbling. For instance, a young woman, a local Councilor, who was attending the workshop could not walk as a result of a shooting by military forces that left her crippled – a so-called “error” that is being investigated – but she nonetheless wants to continue the resistance and participate in the defence of the fundamental rights of her nation. As well, each time a vehicle was approaching the compound, nervousness was obvious in all participants as they are always concerned that illegal combatants might appear at any time, day and night.

Finally, before leaving Popayan, the LWBC team and Ms. Emit Lopez Dias, met with the Regional representative of the Procurador General de la Nación (aninstitution that has the responsibility to ensure that all public entities abide by the 1991 Constitution and enforced legislation) to discuss five instances of serious assaults on Indigenous people that are of particular concern to the Cauca Regional Indigenous Council (CRIC). This meeting allowed the participants to provide each other with an update about those issues and to identify clearly the next steps that would provide closure to those affected.

It is also worth mentioning the mere presence of LWB Canada prompted people to contact the team, expressing concerns for their safety and looking for advice. For instance a young single mother of two beautiful girls whose father was murdered by illegal combatants and whose mother has been receiving death threats wanted to discuss her personal situation. She desires to provide for her daughters some level of security and had chosen Canada as a safe haven but was declined refugee status. She therefore wanted to know more about the process to obtain access to our country. Throughout this mission, it was obvious to the team that the armed conflict in Colombia and violations of fundamental rights, particularly to Indigenous peoples, had caused a profound scar on the Colombian society and the presence of the international community is not only wished but very much expected as Colombians do not want the world to close its eyes on such a human tragedy.

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