Nouvelles Avocats sans frontières

18 décembre 2009
Catégorie(s) : Nouvelles

Retour de la délégation d’avocats internationaux au Mexique

Avocats sans frontières (ASF) a prit part à une mission d’observation d’une semaine sur l’accès à la justice, la capacité des avocats et autres défenseurs des droits humains à exercer leur travail et leurs droits au Mexique, plus particulièrement dans l’État de Guerrero. Un rapport complet de cette mission sera rendu public au printemps 2010. La délégation était constituée d’avocats du Royaume-Uni, du Canada, des États-Unis et de l’Allemagne.

La délégation s’est particulièrement concentrée sur la petite municipalité d’Ayutla, de l’État de Guerrero, pour rencontrer les membres de l’Organización del Pueblo Indìgena Me’Phaa (OPIM), de l’Organización para el Desarrollo del Pueblo Mixteco (ODPM), un avocat, Rogelio Teliz, du Centro de Derechos Humanos de la Montaña Tlachinollan (Tlachinollan), ainsi que les autorités locales (maire et commandant de la police ministérielle) afin de discuter de la situation des défenseurs des droits humains dans cette région du Mexique, qui est particulièrement alarmante.

En effet, l’année 2009 a été marquée par la torture et l’exécution extrajudiciaire, le 13 février, de Manuel Ponce Rosas et de Raúl Lucas Lucía, deux leaders autochtones, membres de l’Organización para el Desarrollo del Pueblo Mixteco (ODPM). Pour les défenseurs des droits humains de la région, il est clair que leur disparition est due à leur travail de promotion des droits des Mixtecos, un peuple autochtone de cette zone du sud du Mexique. Il est d’autant plus préoccupant que, près d’un an après les événements, l’enquête ne soit pas plus avancée et qu’aucune accusation n’ait encore été portée.

Il ne s’agit malheureusement pas d’un cas isolé. Effectivement, les menaces et agressions envers les défenseurs des droits humains sont chose commune. Depuis un certain temps, les incidents de cette nature se sont amplifiés tant en nombre qu’en gravité envers les membres de l’OPIM et de l’ODPM, qui vivent dans les communautés de Barranca de Guadelupe et Camelote, ainsi qu’envers les avocats du centre Tlachinollan. Selon les défenseurs des droits humains, cette recrudescence des actes de violence serait lié à deux causes qui seront portées devant la Cour interaméricaine des droits humains au printemps 2010, concernant deux femmes Me’Phaa agressées sexuellement par des militaires en 2002.

Les actes de violence à l’encontre du peuple mixteco perdurent malgré les mesures de protection provisoires octroyées par la Cour interaméricaine des droits de l’homme à cent sept personnes, dont des membres de l’OPIM et du Centre Tlachinollan. En effet, il semble que les mesures ne soient que partiellement implantées par les autorités fédérales et qu’elles ne suffisent pas à assurer la sécurité des victimes, de leurs proches et des défenseurs des droits humains. Ce climat d’insécurité a forcé la fermeture du centre Tlachinollan à Ayutla et le départ de l’État de Guerrero d‘Obtilia Eugenio Manuel, présidente de l’OPIM, et de sa famille.

Sarah-Anne Barriault-Poulin

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