Ce matin le procès a commencé avec un autre témoin de la poursuite qui a mis en preuve des documents sur les droits de l'Homme sur le plan international. On lui a fait lire de larges extraits de ces documents, probablement parce qu'ils pensent que dans un procès oral, on doit lire les documents pour qu'ils fassent partie du dossier. De plus on a fait lire au témoin sa déclaration antérieure, même s'il n'était pas hostile ni hésitant - on s'est simplement servi de sa déclaration qu'on lui a fait lire à titre de témoignage. Ce n'est pas dans l'esprit d'un procès dans notre système car on se fie à la mémoire du témoin et non à ses déclarations antérieures.
Je dois avouer que je trouve un peu curieux qu'une série de documents sur les droits de l'Homme et les droits autochtones aient été produits par l'armée colombienne dans la région, justement le ou vers le 28 novembre 2008, juste avant l'incident qui a coûté la vie à M. Legarda... Ça sent la preuve pré-constituée ou même fabriquée, mais il n'y a pas d'éléments probants qui viennent étayer ce genre de supposition.
Pour la première fois, ils ont déposé ces documents en preuve sous le No 10, en vrac... Encore une fois, je me suis fait la réflexion qu'il ne serait pas facile pour la Cour d'Appel de se retrouver dans tout ça... Après ce témoin, la cause a été ajournée au vendredi 22 janvier à 9h30 en raison de la maladie grave dont la mère de la juge semble souffrir.
Par la suite nous sommes allés rencontrer Aida Quilcué et son groupe car elle se présente au Congrès colombien aux prochaines élections en avril. L'avocate Soraya Gutierrez du CAJAR a expliqué le déroulement du procès et nous avons faits quelques commentaires sur le fait que nous étions là pour observer le procès et accompagner Mme Quilcué dans cette épreuve.
Ensuite nous avons rencontré les membres de la "Guardia Indígena" (police traditionnelle autochtone) qui nous ont expliqué leur mouvement, qui remonte à la nuit des temps dans les cultures autochtones de la région. Ils sont pacifiques et veulent protéger leur territoire dans le cadre du conflit armé. Ils ne veulent être associés à aucun groupe et veulent démilitariser leurs villages. Ils ne veulent pas des guérillas, ni des narco- traficants, ni des paramilitaires ni de l'armée dans leurs villages. Leurs bâtons ne sont pas pour attaquer ni se défendre mais ils sont le symbole de leur attachement à la terre mère et ils constituent le contact entre l'homme et la terre, cad qu'ils transmettent l'énergie de la terre à la personne qui tient le bâton. Je leur ai parlé un peu des Haida qui ont aussi des Watchmen et ils ont paru très intéressés - nous avons fait allusion à la légende de l'aigle et du condor et du contact entre les peuples autochtones du Nord et du Sud - c'est plein de promesses pour eux.
Pierre Rousseau