Aujourd’hui 26 janvier, il semblerait que le procès soit devenu plus intéressant et un peu plus pertinent que la semaine dernière selon Me Adonia Simpson, l'avocate américaine qui représente ici la Coalition internationale pour les drotis des femmes en situation de conflits et qui a passé la semaine dernière avec notre collègue d'ASF Pierre Rousseau à entendre la lecture à voix haute de documents déposés en preuve. Cinq personnes ont témoigné: un policier, trois militaires et celui qui occupait le poste de gobernador de la communauté à laquelle appartenait la victime Edwin Legarda au moment du décès de ce dernier.
Plusieurs de mes constatations initiales rejoignent celles qui ont été faites la semaine dernière: des témoins non qualifiés d’experts donnent leur opinion en tant qu'experts, oui-dire, lecture de documents, questions aux témoins sur des documents qu’ils n’ont pas confectionné. Cependant, aucun de ces éléments n’a pas fait l’objet d’objection de la part de la défense.
Voici certaines autres choses qui ont retenu mon attention:
- Il me semble que les avocats de la défense se trouvent dans une position de conflit d’intérêts en représentant tous les accusés. En effet, les deux avocats de la défense forment une seule équipe. Or, il me semble que tous les accusés devraient chacun avoir leur propre avocat de la défense, puisque leur défense/innocence pourrait reposer sur la culpabilité d’un de leurs co-accusés. Je ne crois pas que cette situation serait permise au Canada.
- Pendant le témoignage du policier (William Emil Salazar Salazar), ce dernier a mentionné une conversation téléphonique avec le Sgt Ramirez (accusé) et a rapporté ses paroles à la Cour. Aucun voir dire n’avait été tenu au préalable pour évaluer le caractère libre et volontaire.
- Lors du témoignage d’un des militaries (le Sgt Ramiro Alvaro Vargas), le Ministerio Publico (qui pose rarement des questions) l’interrogeait comme s’il était l’avocat de la defense. Ses questions cherchaient vraiment à miner la crédibilité du témoin de la poursuite, et j’ai trouvé ça particulier de la part du ministère public.
- Le fiscal semble utiliser les déclarations antérieures des témoins afin de soutenir la crédibilité de leurs témoignages. Même si un témoin vient de dire exactement la même chose que dans une déclaration anétrieure par écrit, le fiscal va lui demander de reconnaître la déclaration écrite et de souligner à la Cour ce qui y est écrit (ce qui est une répétition de ce qu’il vient de dire). La déclaration antérieure ne constitue pas de la preuve et le fiscal ne devrait pas pouvoir poser des questions dans le seul but d’améliorer la crédibiltié de ses témoins.
- Lors du témoignage du gobernador indigena (Hilario Sanchez Sanchez), la question de l’ethnicité de Edwin Legarda a été soulevée par le fiscal (à savoir s’il était autochtone ou non). Étant donné qu’une “persona protegida” veut dire n’importe quel civil (et non pas une personne autochtone), je ne vois pas pourquoi le fiscal lui a posé ce type de questions, sauf si c’est pour appuyer l’éventuelle théorie de la partie civile à l’effet que c’était un complot contre la MINGA. De plus, la défense n’a posé aucune question à ce témoin en contre-interrogatoire, ce qui était surprenant, puisqu’il avait témoigné sur plusieurs éléments concernant Edwin, la MINGA et l’enquête menée par la guardia indigena.
Il apparaît évident que le procès ne se terminera pas vendredi. D’ailleurs, la Cour a déjà indiqué que les prochaines dates de cour disponibles sont en avril seulement, et 3 ou 4 semaines d’audiences supplémentaires seront envisagées à ce moment.
Marie-Claire Émond